Tu apprends la grammaire arabe. Tu étudies les règles. Mais sais-tu d'où viennent ces règles ?

Elles ne sont pas tombées du ciel. Elles ont été créées par des hommes, dans deux villes d'Irak, il y a plus de 1000 ans : Bassora et Koufa.

Et ces deux villes ne s'entendaient pas. Pas du tout. Voici leur histoire, racontée simplement.

Bassora : la ville qui a tout commencé

Tout a commencé à Bassora, peu après le début de l'Islam.

Le fondateur de la grammaire arabe — selon l'avis dominant — est un savant basrien : Abou al-Aswad ad-Du'ali (mort en 69 H). C'est lui qui a posé les premières bases du Nahw, sur ordre de Ali ibn Abi Talib, comme le rapportent les sources classiques.

Pourquoi Bassora ? Trois raisons simples :

  • La ville était au bord du désert. Donc tout près des Bédouins qui parlaient l'arabe pur, non mélangé avec d'autres langues.
  • Il y avait un grand marché culturel : Al-Mirbad. Les savants y allaient écouter les Bédouins et noter leur langue.
  • Les meilleurs cerveaux de l'époque s'y trouvaient.

Résultat : pendant que les autres villes faisaient autre chose, Bassora avait déjà construit toute une science.

Koufa : la ville qui a voulu rattraper son retard

Pendant ce temps, à Koufa, les savants étaient occupés à autre chose : la poésie, l'histoire, le fiqh, les lectures du Coran. Ils ne s'occupaient pas de la grammaire.

Et quand ils ont vu que Bassora avait pris une énorme avance, ils ont voulu rattraper. Ils ont créé leur propre école.

Et c'est là que la rivalité a commencé.

La grande différence entre les deux écoles

Les deux écoles ne travaillaient pas de la même façon. Voici la différence — en une seule phrase :

Bassora était stricte. Koufa était souple.

Bassora : la rigueur

Les Basriens étaient très exigeants :

  • Ils n'écoutaient que les Bédouins purs (tribus de Qays, Tamim, Asad, Hudhayl).
  • Ils refusaient la langue des citadins.
  • Ils refusaient la langue des tribus mélangées aux étrangers.

Pour eux, une règle de grammaire ne valait que si la majorité de la langue arabe la confirmait.

Et si un vers de poésie contredisait leur règle ? Ils disaient : « C'est une exception. Pas une nouvelle règle. »

Koufa : la souplesse

Les Koufiens étaient plus larges :

  • Ils écoutaient tout le monde : Bédouins, citadins, tribus pures ou non.
  • Si un seul vers disait quelque chose de différent, ils en faisaient une nouvelle règle.
  • Ils acceptaient même des vers dont on ne connaissait pas l'auteur.

Là où Bassora voyait une exception, Koufa voyait une porte à ouvrir.

Une nuance importante : les Basriens reprochaient parfois aux Koufiens de prendre leurs sources auprès de rapporteurs critiqués. Mais il faut être honnête : c'est une accusation venue des Basriens eux-mêmes, dans le cadre de leur rivalité. Les Koufiens défendaient leurs propres sources. Chaque école avait ses forces et ses critiques.

Pourquoi se sont-ils tellement disputés ?

Trois raisons :

  • L'orgueil de leur ville. Être basrien ou koufien, c'était une fierté. On défendait l'honneur de sa ville.
  • L'envie de gagner les débats. Les joutes verbales étaient un grand sport intellectuel à l'époque.
  • Les califes Abbassides. Ils assistaient aux débats. Ils prenaient parti. Ils donnaient de l'argent au gagnant. Cela a transformé le débat scientifique en compétition politique.

Le résultat de cette rivalité

On pourrait penser que cette concurrence aurait simplifié la grammaire. Chaque école aurait essayé de proposer le système le plus clair.

C'est le contraire qui s'est passé.

  • Les règles sont devenues plus nombreuses.
  • Les structures sont devenues plus complexes.
  • Les livres sont devenus plus gros.

C'est pour ça qu'aujourd'hui, dans les grands livres de grammaire, on lit souvent : « Les Basriens disent ceci... mais les Koufiens disent cela. »

Les grands noms à retenir

Côté Bassora

  • Abou al-Aswad ad-Du'ali (mort en 69 H) — Le fondateur.
  • Al-Khalil ibn Ahmad Al-Farahidi (mort en 170 H) — Un génie immense. Maître de Sibawayh. Inventeur de la métrique poétique. Auteur du premier dictionnaire arabe (Kitab al-'Ayn).
  • Sibawayh (mort en 180 H) — Auteur du premier grand livre de grammaire, qu'il a simplement appelé « Al-Kitab » (Le Livre). Encore une référence aujourd'hui, plus de 1200 ans après.
  • Al-Mazini (mort en 249 H)
  • Al-Mubarrid (mort en 285 H)

Côté Koufa

  • Ar-Ru'asi (mort en 187 H) — Pionnier.
  • Al-Kisa'i (mort en 189 H) — Le vrai bâtisseur de l'école. Il a étudié à Bassora pendant 17 ans avant de créer sa propre méthode à Koufa.
  • Al-Farra' (mort en 207 H) — Le grand théoricien. Surnommé « l'émir des croyants en grammaire ».
  • Tha'lab (mort en 291 H) — Le dernier grand représentant.

Et nous, dans tout ça ?

Aujourd'hui, les Livres de Médine — comme la plupart des manuels modernes — suivent surtout l'école de Bassora. Pour sa rigueur. Pour sa cohérence. Pour sa solidité.

Mais quand tu liras les classiques plus tard, tu rencontreras les deux. Et tu comprendras pourquoi les savants disent parfois : « Selon les Basriens... selon les Koufiens... »

À l'Institut At-Ta'sil, nous nous inscrivons dans cette chaîne millénaire. Nous transmettons l'héritage des deux écoles à la génération francophone d'aujourd'hui.

Pour conclure

La prochaine fois que tu apprendras une règle de grammaire, souviens-toi :

  • Cette règle a peut-être été défendue par Sibawayh il y a 1200 ans.
  • Elle a peut-être été contestée par Al-Farra'.
  • Elle a peut-être divisé les savants pendant des siècles.

Et aujourd'hui, elle est entre tes mains. Simplifiée. Prête à apprendre.

C'est tout un héritage. Profite-en.

Tu veux étudier la grammaire arabe dans les règles de l'art ? Découvre notre programme des Tomes de Médine à l'Institut At-Ta'sil.