Si tu commences un jour à étudier la grammaire arabe sérieusement — vraiment sérieusement — il y a un livre que tu rencontreras forcément.

Un livre tellement célèbre que tous les grands savants l'ont étudié. Un livre tellement bien fait qu'il est utilisé depuis 700 ans. Un livre tellement clair qu'on le donne aux débutants... mais qui contient pourtant les bases de toute la grammaire arabe.

Ce livre s'appelle Al-Ajurroumiyya.

Et ce qui est encore plus beau : ce livre a été écrit par un Marocain de Fès.

L'auteur : Ibn Ajurroum

Son nom complet : Abou Abdillah Mohammed ibn Mohammed ibn Dawoud As-Sanhaji. Il est connu sous le nom de Ibn Ajurroum.

D'où vient ce nom ?

C'est un nom amazigh (berbère). Dans la langue de la tribu Sanhaja, « ajurroum » veut dire « le pauvre soufi pieux ». C'est son grand-père Dawoud qui a porté ce surnom le premier, et il est resté dans la famille.

Son origine

Il vient de la tribu Sanhaja, l'une des grandes tribus berbères du Maghreb. Sa famille remonte à la région de Sefrou, dans le Moyen Atlas marocain.

Né à Fès en 672 H / 1273. Mort à Fès en 723 H / 1323. Il a vécu 51 ans, et passé presque toute sa vie à Fès.

Détail magnifique : il est né la même année où Ibn Malik — l'auteur de l'Alfiyya — est mort. Les savants ont alors dit :

« Un grammairien est mort, un grammairien est né. »

Comme si Allah ne voulait pas laisser la Oumma sans grand grammairien.

Son parcours

Ibn Ajurroum a grandi et étudié à Fès. Puis il est parti faire le Hajj à La Mecque. Sur le chemin, il s'est arrêté au Caire, où il a étudié auprès du grand savant andalou Abou Hayyan Al-Gharnati — l'auteur du célèbre tafsir Al-Bahr Al-Muhit. Ce dernier lui a donné son ijaza (autorisation de transmission).

À La Mecque, face à la Kaaba (selon une tradition rapportée), il aurait écrit son livre.

Une histoire célèbre rapporte qu'une fois le livre terminé, il l'a jeté dans la mer en disant :

« Si c'est purement pour Allah, il ne sera pas perdu. »

Et le livre est revenu intact. 700 ans plus tard, il n'a toujours pas été perdu. Son intention sincère a été récompensée.

Son retour au Maroc

Il est revenu à Fès, et il y a enseigné la grammaire et le Coran à la Mosquée des Andalous jusqu'à sa mort. Sa tombe se trouve à Fès, à l'intérieur de Bab Al-Hadid.

Ses autres ouvrages

Ibn Ajurroum n'était pas seulement grammairien. Il était aussi : juriste, récitateur du Coran, spécialiste du tajwid et des lectures coraniques, bon en mathématiques et en partage successoral, et poète.

Mais le livre qui l'a rendu immortel, c'est sa petite introduction à la grammaire.

Le livre : Al-Ajurroumiyya

Son vrai titre : Al-Muqaddima Al-Ajurroumiyya fi Mabadi' 'Ilm Al-'Arabiyya (L'introduction Ajurroumiyya aux fondements de la science de l'arabe). Mais tout le monde l'appelle simplement Al-Ajurroumiyya.

Sa taille

C'est un tout petit livre. Très court. Quelques pages à peine. Mais dans ces quelques pages, il a réussi à résumer toute la base de la grammaire arabe.

Sa structure

Le livre couvre :

  • Les types de mots : nom, verbe, particule
  • L'analyse grammaticale (i'rab) et la construction (bina')
  • Les signes d'analyse (raf', nasb, jar, jazm)
  • La conjugaison des verbes
  • Les différents types de noms analysables
  • Quelques bases de phonétique et de poésie

C'est un condensé des grandes règles. Un squelette sur lequel l'étudiant pourra ensuite construire toute sa connaissance.

Pourquoi est-il si célèbre ?

  • Il est court. Donc apprenable par coeur.
  • Il est simple. Donc accessible aux débutants.
  • Il est complet. Il couvre toutes les bases essentielles.
  • Il est structuré. Chaque chapitre prépare le suivant.
  • Il est en prose claire, pas en poésie compliquée comme l'Alfiyya.

Un savant a dit :

« Tu n'apprends rien d'autre avant l'Ajurroumiyya. C'est par là qu'on commence. »

C'est devenu une règle quasi universelle : tout étudiant en grammaire arabe commence par l'Ajurroumiyya. Au Maghreb, en Égypte, en Arabie, au Yémen, en Indonésie, en Turquie, en Afrique de l'Ouest. Partout.

Une particularité intéressante

Selon As-Souyouti, Ibn Ajurroum suivait dans certains points l'école de Koufa dans sa terminologie grammaticale (il utilise par exemple le mot khafd au lieu de jar, qui est une expression typiquement koufienne).

Cela montre qu'il était un savant complet, qui maîtrisait les deux écoles que nous avons présentées dans notre article précédent — Bassora et Koufa.

Les explications du livre

Le signe qu'un livre est important, c'est le nombre de savants qui l'expliquent. Et l'Ajurroumiyya a été expliquée par des dizaines de grands savants, du Maroc à l'Indonésie.

Les explications classiques

  • Shams ad-Din Al-Makkoudi (mort en 807 H) — Marocain. Une des premières et plus importantes explications. Très utilisée au Maghreb.
  • Khalid Al-Azhari (mort en 905 H) — Son explication est très utilisée à Al-Azhar.
  • Hasan Al-Kafrawi (mort en 1202 H) — Une des explications les plus célèbres dans le monde. Toujours imprimée et étudiée aujourd'hui.
  • Abdallah Al-'Achmawi — A écrit une annotation très utilisée par les étudiants.

Les explications modernes

  • Shaykh Mohammed ibn Salih Al-'Uthaymeen — L'explication la plus accessible aujourd'hui. Ses cours audio sont disponibles partout. Il a expliqué l'Ajurroumiyya avec une clarté exceptionnelle, accessible même aux débutants.
  • Shaykh Mohammed Muhyi ad-Din Abdul-Hamid — Célèbre annotateur.
  • Shaykh Abdallah Al-Fawzan

Pourquoi l'Ajurroumiyya après 700 ans ?

Réfléchis un instant. Ce livre a été écrit à Fès, au début du 14ème siècle. Quand Ibn Ajurroum l'a rédigé, il n'y avait pas d'imprimerie, pas d'internet, pas de réseaux sociaux, pas de marketing.

Et pourtant, ce petit livre s'est répandu : de Fès à La Mecque, du Caire à Damas, d'Istanbul à Delhi, de Delhi à Kuala Lumpur.

Comment ?

Par la qualité. Par la baraka de l'intention sincère. Par la pédagogie. Par la rigueur.

Et aussi, on peut le croire, par cette parole rapportée d'Ibn Ajurroum quand il a jeté son livre à la mer :

« Si c'est purement pour Allah, il ne sera pas perdu. »

700 ans après, des centaines de millions d'étudiants ont étudié son livre. Pendant qu'il est dans sa tombe à Fès, recevant les récompenses de chaque étudiant qui apprend une règle grâce à lui.

C'est ça, la sincérité. C'est ça, l'héritage qu'on laisse derrière soi.

Et nous, dans tout ça ?

À l'Institut At-Ta'sil, nous avons une fierté particulière à transmettre ce livre. Parce qu'il est :

  • Marocain, fruit de la riche tradition savante du Maghreb.
  • Classique, donc solide et éprouvé.
  • Court, donc parfait pour les débutants.
  • Complet, donc une vraie fondation pour la suite.

Beaucoup d'étudiants demandent : « Faut-il étudier l'Ajurroumiyya en parallèle des Livres de Médine ? » Notre réponse est claire : les deux se complètent.

  • Les Livres de Médine te donnent la pratique, le vocabulaire, l'immersion.
  • L'Ajurroumiyya te donne la structure théorique, classique, le vocabulaire technique des grammairiens.

Un étudiant sérieux étudie les deux, à différents moments de son parcours.

Pour conclure

La prochaine fois que tu ouvriras un manuel de grammaire arabe — même un manuel moderne — souviens-toi :

  • Un Marocain de Fès, il y a 700 ans, a écrit un petit livre avec une intention sincère pour Allah.
  • Il l'a jeté dans la mer.
  • Et ce livre est entre tes mains aujourd'hui.

Qu'Allah fasse miséricorde à Ibn Ajurroum As-Sanhaji, qu'Il lui accorde la plus haute récompense pour le bien immense qu'il a légué à la Oumma, et qu'Il facilite à chacun d'entre nous le chemin de Sa langue.

Tu veux étudier la grammaire arabe avec les classiques ? Découvre notre programme des Tomes de Médine à l'Institut At-Ta'sil.